Campbon La Devanture
04 Juillet 2008

           

FAUT-IL ETRE MODERNE ? Rencontres de la Ducherais - 2 et 3 juin



FAUT-IL ETRE MODERNE ? Rencontres de la Ducherais - 2 et 3 juin
Il faut absolument être moderne, disait Rimbaud, du ton narquois qu'il réservait à son époque. Vraiment ?



Après avoir salué le retour du romanesque en littérature, les Rencontres de la Ducherais se demandent cette année ce qu'il en est, plus d'un siècle après, de l'exhortation goguenarde de l'adolescent de Charleville. Alors que le monde s'interroge sur son avenir, interroge le ciel sur les limites du progrès, ces Rencontres vont nous convier à regarder comment la question de la modernité s'est posée à chaque époque, et a traversé l'univers des lettres : la querelle des Anciens et des Modernes, les Lumières et le Romantisme, le roman des villes et le roman des champs au XXè siècle, la philosophie qui s'invite aujourd'hui au banquet de la fiction…






Autant d'approches dont le seul but est de nous inviter à partager un moment de plaisir et de réflexion autour de la grande librairie de la
Ducherais les 2 et 3 juin 2007 à Campbon.


Les Anciens aujourd'hui, on les imagine en vieux de la veille assis sur un banc, le menton posé sur la canne, dans un village abandonné par la jeunesse, ou réunis dans un mouroir à mastiquer leur ennui, ce qui, campagne désertée ou mouroir, revenait à peu près au même il y a quelques années encore. Autrement dit pour l'avenir, il valait mieux s'en remettre aux Modernes que l'on rencontrait dans les lumières de la ville. De sorte que la vieille querelle qui avait enflammé les esprits à la fin du XVIIe siècle et marqué le triomphe des modernes, de leur supériorité, puisqu'en plus de l'acquis des anciens, il bénéficiait de tous les apports nouveaux de la science et de la connaissance, avait fini par recouper assez précisément cette partition ville-campagne qui a accompagné toute la montée en puissance de la société industrielle et dont nous avons débattu à la Ducherais lors de nos deux premières Rencontres. Pour résumer : à la campagne l'arriération, à la ville, la voyance.

La campagne, et à travers elle, la nature, avait réussi une impeccable contre-attaque avec les Romantiques, allemands notamment, qui contre le culte de la raison, savante, ordonnée, logique, préféraient s'en remettre au sentiment, à l'émotion, à la poésie, à l'inconnaissable, au chaos du monde, et rendre l'homme au vertige de la création. Dernier soubresaut avant la mise en oeuvre implacable de l'idée scientifique de progrès, à laquelle même la littérature fut invitée à se plier. « S'il est vrai que j'ai longtemps cherché à inscrire mon travail dans le champ de la science », écrivait Barthes avant, sur la fin, de se rétracter.

Et maintenant ? Les Modernes grands prêtres du matérialisme et de l'idée de rupture, confrontés à l'épuisement des ressources, auraient-ils fini d'avoir raison ? Qu'en dit la littérature ? Si l'on en croit nos écrivains « philosophes » de la nouvelle génération, Muriel Barbery, Stéphane Audeguy, Vincent Delecroix, elle rit.


Jean Rouaud

Mercredi 28 Mars 2007
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